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[CRITIQUE #29] SILENCE

Silence4 ans après Le Loup de Wall Street, Martin Scorsese revient pour la troisième fois avec un film religieux. Un pari audacieux mais réussi.

28 ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Martin Scorsese pour réaliser le film le plus important de sa carrière. Une oeuvre singulière sur la foi, qui est si chère dans la vie du réalisateur. Le cinéaste n’ayant jamais caché ses convictions religieuses. Lui qui a un temps songé à être prêtre avant de se consacrer entièrement au septième art. ll s’était déjà aventuré à réaliser des films religieux. La Dernière Tentation avait à l’époque suscité de vives critiques compte tenu de son côté sulfureux et provocateur. Silence se veut plus introspectif. Directement inspiré du chef-d’oeuvre éponyme de Shūsaku Endō, un des rares écrivains japonais et catholique du pays, le film relate un fait historique assez peu connu. Au XVIIe siècle, l’Église catholique subit une violente répression au Japon. Malgré le risque, deux missionnaires jésuites portugais nommés Sebastian Rodrigues et Francisco Garupe décident de s’y rendre pour y répandre le christianisme. Ils ont également l’intention de découvrir le sort qui fut réservé au père Ferreira, le mentor dont ils n’ont plus de nouvelles depuis des années. Ce dernier est par ailleurs accusé d’avoir renié sa foi pour sauver sa vie.

A 74 ans, Scorsese entrevoit le cinéma comme il le faisait à ses débuts. Avec fougue, conviction et passion. Ce qui frappe dans Silence c’est son esthétisme. A l’opposé de ses autres productions beaucoup plus tape à l’oeil, le film se veut plus contemplatif. Le rythme est intense, si on fait exception d’un passage plus lent à mi-parcours, indispensable à la construction d’une atmosphère dans laquelle viennent s’épanouir les questionnements de plus en plus insistants au cœur du scénario. Ce n’est donc qu’après une courte introduction, qu’on découvre, aux côtés d’Adam Driver et d’Andrew Garfield, une nature sublimée par l’objectif du chef opérateur Rodrigo Prieto. Car c’est dans la photographie et la composition des cadres que le long métrage impressionne le plus. Scorsese semble plus apaisé qu’à l’habitude mais aussi plus torturé. A l’image de ces scènes éprouvantes qui montrent le supplice des chrétiens refusant d’abdiquer leur foi. Si on en prend plein les yeux, le reste est aussi bien servi, et le voyage spirituel, loin d’être paisible, du personnage d’Andrew Garfield passionne lui aussi. Il fascine par la minutie et la subtilité avec laquelle Scorsese dépeint le chemin de croix de son nouveau Jésus, et les questionnements qui l’habitent. Marty est habité par son sujet et à travers son personnage principal, cherche à répondre à ses propres interrogations. Il parvient à nous distiller l’humanité derrière la doctrine, avec tout ce qu’elle contient de défauts, de paradoxes et de sujets à controverses.

Devant la caméra, le réalisateur réunit un casting de choix. Adam Driver (Stars Wars 7, Paterson, Girls) se révèle touchant en prêtre dont la foi va être mise à l’épreuve. Liam Neeson (Taken, Love Actually) qui avait déjà tourné avec Scorsese, retrouve ici un rôle à la hauteur de son talent . Impérial, il domine la distribution avec la sagesse dont il sait faire preuve tandis qu’Andrew Garfield confirme son immense talent. Quelques semaines après l’incroyable Tu ne tueras point de Mel Gibson, qui lui vaut une nomination aux Oscars, le jeune acteur revient vers la foi et campe un personnage tétanisant. Il porte le film sur ses épaules. Pas facile mais le défi est relevé haut la main. Scorsese a lui réussi son coup de maître. Tant esthétiquement que scénaristiquement. Chapeau l’artiste !

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