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[CRITIQUE CINE #11] LA LOI DU MARCHE

069072Avec la La loi du marché, Stephane Brizé nous embarque dans une réalité sociale dure mais nécessaire porté par le magistral Vincent Lindon.

Synopsis : À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ?

 Après Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps c’est la troisième fois que Stephane Brizé retrouve Vincent Lindon au cinéma. Pour ce troisième long métrage, le réalisateur s’est attaqué à un sujet plus dur, la misère sociale et pose des questions. Peut-on tout accepter pour garder son emploi ? Doit on mettre notre dignité de côté pour de l’argent ? Autant de questions qui trouvent leur réponse tout au long de ce récit qui s’apparente par son style à un documentaire. Caméra épaule, personnages pour la plupart de profil, tout est fait pour rendre ce film le plus réaliste possible. Il y’a une volonté de ne pas déranger les protagonistes, on les laisse évoluer dans leur milieu professionnel tout en évitant de tomber dans le voyeurisme. Tout le film réside là, dans cette hyper réalité crue, qui ne se veut ni stylisée, ni donneuse de leçon, mais juste. Vraie. La vie de ces gens qui voient leur carrière brisée et qui se relève, qui n’ont peut-être pas de grande passion, de grands talents, de grande intelligence, mais qui ne se regardent pas le nombril. On suit le chemin tortueux de Thierry, à travers les incompréhensions bancaires, les cours de danse avec sa femme – soupape de bonheur – le choix d’un travail moins bien payé. La vie d’un homme qui perd son statut social mais ne se délite pas. De ce fait, le spectateur peut s’identifier facilement à cet homme qui se bat pour survivre dans cette société malsaine où l’argent semble la solution à tous les problèmes. Si la vie de Thierry n’est pas rose, le film ne joue pas sur l’apitoiement et délivre un message fort. Le cinéaste place son antihéros – toujours digne et debout malgré les nombreux coups qu’il encaisse sans broncher – en tant qu’observateur privilégié d’un système profondément inégal dont il est lui-même une victime provoquant aussi bien la fascination que le malaise chez son spectateur.

Vincent Lindon au sommet

Le récit de Stephane Brizé serait nettement moins pertinent sans la superbe prestation d’un Vincent Lindon, au sommet de son art. Il est sans conteste un des acteurs du cinéma français qui est capable de jouer dans n’importe quel type de films. Crédible, humble et d’une incroyable justesse, il s’efface derrière son personnage pour l’incarner corps et âme. Une prestation tellement impeccable qu’elle lui a valu le prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes. Faire figurer à la distribution d’un film un seul acteur professionnel (Vincent Lindon) et des personnages de la vie de tous les jours est un pari osé mais audacieux qui permet à son réalisateur de mélanger la fiction à la dure réalité sociétale.

Avec La loi du marché, Stéphane Brizé signe un film bouleversant. La justesse de son message, la force de son sujet et la magnifique interprétation de Vincent Lindon en font un film poignant et malheureusement le reflet impitoyable d’un système vicié que seul le cinéma peut rendre beau.

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