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[CRITIQUE CINÉ #15] MUSTANG

061713.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPrésenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes,Mustang est le premier long métrage de la réalisatrice franco turque, Deniz Gamze Ergüven. Film engagé, il porte un regard sur la condition de la femme en Turquie. Un choc visuel et émotionnel.

Virgin Suicides de Sofia Coppola a-t-il inspiré la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven ? Peut-être. Il a même était surnommé « Le Virgin Suicides turque » lors du dernier Festival de Cannes. En tout cas il s’agit bien d’une histoire de filles. D’une rébellion moderne au sein d’un petit village turque en proie aux traditions. Cinq soeurs animées par une envie de liberté vont se dresser contre un oncle autoritaire et une grand mère débordée. Mais au fil du temps, leur maison va se transformer en prison, où les cours de pratiques ménagères vont remplacer l’école et où les mariages commencent à s’arranger.

Grâce à une mise en scène soignée et des images lumineuses, Mustang se vit comme un conte dont les soeurs sont les héroïnes malheureuses. La réalisation intelligente offre des plans sublimes où les corps et les longs cheveux bruns des actrices s’emmêlent, évoquant ainsi leur union et leur solidarité face aux épreuves. Inspiré de faits réels, le film s’ouvre sur une scène pour le moins déconcertante. Un jour qu’elles rentrent de l’école, cinq soeurs ont le malheur de s’amu­ser sur la plage avec des garçons. Le simple fait d’être assises sur les épaules de leurs amis de jeu va provoquer un mini-scan­dale dont les répercussions vont signer la fin d’une certaine insouciance. Et si dans la réalité, les filles accusées de frotter leurs sexes sur la nuque des garçons baissent les yeux et serrent les dents, dans le monde de Deniz Gamze Ergüven, la plus jeune des soeurs, qui n’entend pas ployer, sort mettre le feu à une chaise pour contester.

UNE HISTOIRE DE FAMILLE

Dès les premières minutes, la narration fluide nous embarque dans ce quotidien peu ordinaire à nos yeux mais qui est le fait de nombreuses jeunes filles à travers le monde. Les émotions font partie intégrante du film. Entre joie et tristesse, aucun temps mort n’est accordé aux spectateurs. Il y’a aussi des moments qui vous marquent. Comme celui où la petite Lale laisse éclater sa joie lors du match de foot ou pendant le mariage de l’ainée où le temps semble s’arrêter. Une aura se dégage de ce groupe de filles. Élancées, les traits fins, la même peau halée, elles dégagent une certaine candeur. Ce sont avant tout des jeunes filles qui veulent vivre leur vie d’ado comme elles l’entendent. Si la cruauté, voire le tragique, des situations sonne toujours juste, il y a aussi une envie de prendre une revanche. Il n’est pas question de faire un film dramatique. Un vent d’optimisme et de courage se dégage. Mais au delà de son message fort, Mustang c’est avant tout une histoire sur les liens du sang et comment les affaires personnelles de ces soeurs vont avoir des répercussions sur l’ensemble de la fratrie

UN CHARME ENVOÛTANT

Mais que serait Mustang sans ses actrices ? Surement pas grand chose. La petite Lale, pilier du récit, est magnifiquement incarné par la talentueuse Güneş Nezihe Şensoy. Véritable vent de fraicheur, elle donne vie à cette rébellion et porte le film sur ses épaules sans jamais fléchir. Les ainés victimes malgré elles, sont d’une telle justesse qu’on a l’impression qu’elles ne jouent pas, qu’elles sont naturelles. La figure masculine souvent mis à mal dans le film, offre quelques exceptions, à l’image d’un jeune homme touchant qui va apprendre à Lale comment conduire.

Film politique et engagé dans la lutte pour le droit des femmes, Mustang ne peut être ignoré. Ode à la femme, plongez dans cet univers mélancolique, au bord du tragique mais follement poétique, portez par cinq beautés à la jeunesse éternelle.


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