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[CRITIQUE CINÉ #22] LES HUIT SALOPARDS

heTrois ans après Django UnchainedQuentin Tarantino signe un nouveau western sanglant et sans concession. Son oeuvre la plus maîtrisé à ce jour.

Chez Tarantino il n’y a pas de mi-mesure. Soit on n’aime soit on n’aime pas. Les Huit Salopards n’en déroge pas à la règle. L’action du film se déroule quelques années après la guerre de Sécession. John Ruth (Kurt Russel) un chasseur de prime fait route vers la ville de Red Rock où il doit livrer à la justice sa prisonnière Daisy Dommergue (Jennifer Jason Leigh). Ils rencontrent en chemin le major Marquis Warren (Samuel L.Jackson) et le nouveau shérif de la ville, Chris Mannick (Walton Goggins). Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une mercerie où se trouve déjà 4 hommes. La petite auberge va être le théâtre de tromperies et de règlements de compte car un de ces hommes est supconné d’être le complique de Daisy Dommergue.
Le film n’a failli jamais voir le jour. Après la fuite de son premier scénario, Quentin Tarantino furieux, avait décidé d’abandonner le projet. Après une lecture au Aces Hotel Theater, « Kwin-tine » se décide finalement à réaliser ce qui sera son 8ième long métrage (Kill Bill I et II comptant pour un selon lui). Tourné en Ultra Panavision 70mm et découpé en plusieurs chapitres, Les Huit Salopards est un film purement théâtrale. Du grand guignol assumé où les personnages s’affrontent jusqu’à l’issue fatale. Ce huitième long métrage est un retour aux années 90 ; « c’est un film des années 90 tourné en 2015 » avait-il déclaré à la revue Positif. Dans Reservoir Dogs son premier film, l’action reposait sur deux huis clos. L’un autour d’une table, l’autre dans un hangar. Dans les Huit Salopards,  on retrouve cette construction. La première partie de l’intrigue se déroule dans la diligence et la seconde dans la mercerie de Minnie. Ces deux seuls lieux permettent de resserrer l’attention autour des personnages. Tarantino veut capturer toutes les émotions. Aucun détail ne doit échapper au spectateur.

La violence

The Hateful Eight n’est pas plus violent que Reservoir Dogs, Django Unchained, Kill Bill ou bien même Inglourious Basterds. La violence fait partie intégrante du cinéma de Tarantino. Pour lui, elle permet de dévoiler la véritable nature de l’être humain. Les paroles ne sont qu’un masque. Mais la violence ne réside pas seulement dans les actes mais aussi dans les dialogues comme en témoigne cette scène (SPOILER !!!!) où le personnage de Samuel L.Jackson un ancien soldat de la guerre de Sécession raconte avec des termes crus, à un général sudiste comment il s’est vengé du fils du militaire en l’humiliant sexuellement, avant de le liquider. Suite à cette scène, certains ont accusé Tarantino « d’alimenter la culture du viol » tout en oubliant le côté fictionnel du récit. Cette partie de l’intrigue est d’ailleurs à prendre avec des pincettes tout comme la lettre de Lincoln. Le réalisateur laisse le choix aux spectateurs de savoir si oui ou non tout cela est vrai. Le scénario à priori lambda, arrive à surprendre. Tarantino se joue du spectateur tout comme il se joue de ses personnages. Tout est prévisible et pourtant on se laisse convaincre du contraire.

La maîtrise de mots

Le rythme est lent mais les dialogues donnent du rythme à l’ensemble. Les punchlines s’enchaînent à une cadence infernale. Chaque mot à son importance et laisse une trace. Encore une fois, Tarantino dénonce d’une manière déconcertante le racisme d’après la Guerre de Sécession. Un propos gênant mais nécessaire. Mais que seraient ces répliques sans l’interprétation magistrale des acteurs car soyons honnête, le film n’aurait pas été aussi bon si le casting avait été différent. Samuel L.Jackson l’interprète fétiche du réalisateur s’amuse et est comme à son habitude brillant. Pour Tim Roth et Michael Madsen déjà à l’affiche de Reservoir Dogs tout semble facile. Quand à Walton Goggins, c’est la révélation du film.

Avec ce huitième long métrage, Tarantino a réalisé un de ses plaisirs de cinéaste. Tourné à la manière des grands westerns d’époque,  The Hateful Eight est un huit clos à la fois roublard, jubilatoire et unique, surtout dans le contexte hollywoodien actuel. L’exercice de style s’accompagne d’un propos sans concession sur l’Amérique de l’après-guerre de Sécession. Un grand film.

2 réflexions sur “[CRITIQUE CINÉ #22] LES HUIT SALOPARDS

  1. tinalakiller dit :

    Je suis d’accord avec ta critique, je crois que soit on adhère totalement soit on déteste. Je fais partie de ces gens qui ont adoré ce film, vraiment un bijou d’écriture et de mise en scène même si les intentions de QT peuvent être mal comprises. Un très bon film sur le mensonge, l’art de la rhétorique et l’Amérique raciste. Et totalement avec toi en ce qui concerne Goggins ! 😀

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