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[CRITIQUE CINÉ #23] « CAROL » : une romance sans saveur

Rooney-Mara-Cate-Blanchett-Carol-Movie-Still10 ans après I’m Not There, Todd Haynes revient au cinéma avec une adaptation du roman de Patricia Highsmith, »Les Eaux Dérobées ».

Très bien accueilli au dernier festival de Cannes, Carol le nouveau film de Todd Haynes est une adaptation du roman de Patricia Highsmith.Publié en 1952 sous un pseudonyme, le livre avait à l’époque suscité la controverse à cause de son côté sulfureux. Dans l’Amérique des années 50, Carol, une bourgeoise en instance de divorce, s’éprend de Thérèse, une jeune vendeuse. Leur romance va être mise à mal par le mari de Carol. Carol est indéniablement un beau film. Tellement beau qu’il en devient froid. Le cinéaste brosse avec simplicité le portrait d’une société peu ouverte d’esprit. Le grain sur l’image, les décors et les costumes facilitent l’immersion dans les années 50. Mais derrière cette sobriété apparente, on perçoit la vacuité du scénario. L’intrigue autour de la garde de l’enfant est délaissé au profit de  l ‘histoire d’amour. La menace du mari est peu crédible. Le dénouement trop facile. L’accent n’est pas assez mis sur le côté problématique de leur relation à l’époque. A force de rester trop lisse, le réalisateur n’arrive pas à surprendre et passe à côté de son sujet.

Carol n’a rien du mélodrame. Il lui manque la colère, la révolte, l’engagement. Les héroïnes sont anticonformistes alors que le film ne l’est pas. Carol s’affranchit des codes, se laisse aller à ses pulsions. Elle ne veut plus se cacher. Mais dommage que cet aspect ne soit traité qu’en surface et pas assez en profondeur. La romance entre Carol et Thérèse n’arrive pas à toucher car elle s’apparente plus à une relation mère fille. Thérèse est une enfant enfermée dans un corps de femme. Naïve, Carol va lui apprendre à aimer. Cate Blanchett est magnétique tout en étant fragile. Rooney Mara toujours dans la retenue peut mieux faire. Kyle Chandler incarne sans faire de miracle, le faux méchant. Un rôle sans saveur et qui reste mal exploité. Gros regret quand au peu de crédit accordé à la géniale Sarah Paulson. Son personnage aurait mérité un peu plus d’attention.

Jamais déstabilisant, Todd Haynes choisit la facilité et n’arrive pas à embarquer le spectateur dans cette histoire pourtant si fascinante. Trop esthétique pour toucher, Carol laisse de marbre. Dommage quand on connaît l’oeuvre du réalisateur.

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